Points clés
- Le verre creux s’achète sur un calendrier autant que sur un prix : les campagnes de fin d’année, la saison estivale des boissons, les vendanges et les périodes de mise en bouteille créent des pics de demande qui se préparent longtemps à l’avance, et non au moment où le besoin apparaît.
- Le stock de sécurité se construit par une méthode documentée — variabilité de la consommation, dispersion du délai fournisseur réellement observé, niveau de service visé — et non par une intuition ni par un pourcentage appliqué sans réflexion ; la durée à couvrir dépend entièrement du projet.
- Sécuriser une saison ne signifie pas surstocker : un moule de réserve, une pré-production planifiée, une couleur validée tôt, des enlèvements échelonnés et une visibilité de commande partagée avec le fabricant coûtent souvent moins cher que le stock qui dort.
Pourquoi le calendrier d’approvisionnement pèse plus lourd que le prix unitaire
Dans l’achat d’emballage en verre, le prix unitaire est un indicateur trompeur lorsqu’on le regarde seul. Une bouteille obtenue au meilleur tarif, mais livrée après le démarrage de la campagne de mise en bouteille, revient en réalité bien plus cher que la même bouteille payée un peu plus cher et arrivée à temps. La raison est simple : le coût d’une rupture d’approvisionnement ne se limite jamais à la valeur du verre manquant. Il englobe l’arrêt ou le ralentissement de la ligne de remplissage, la reprogrammation des équipes, le report de livraisons clients, le fret de remplacement commandé dans l’urgence, l’achat précipité d’un format de substitution parfois mal adapté, et le risque commercial attaché à une promesse non tenue. Aucun de ces postes n’apparaît sur la facture du fournisseur, et pourtant tous pèsent sur la marge.
C’est pourquoi l’approvisionnement en verre creux se raisonne d’abord comme un problème de calendrier. Les marchés des boissons, des conserves et des cosmétiques sont fortement saisonniers, et la demande d’emballage l’est presque autant : elle se concentre sur des fenêtres courtes, préparées longtemps à l’avance, pendant lesquelles toutes les marques d’un même segment cherchent à se faire livrer en même temps. Le verre ne se fabrique pas à la demande en quelques jours, et un atelier ne peut pas absorber un pic soudain sans file d’attente. La qualité d’un plan d’approvisionnement se mesure donc moins au prix obtenu qu’à la capacité d’anticiper ces fenêtres, de lisser les commandes et de prévoir une réserve pour ce qui ne se rattrape pas.
Cette page traite du rythme d’approvisionnement et de la planification du stock de sécurité : quand déclencher une commande, comment dimensionner une réserve, comment arbitrer entre le coût du stock et le coût de la rupture. Les opérations physiques de réception, de rangement, de gestion de la palette et de préparation de commande relèvent d’un autre sujet et sont traitées dans la page consacrée à l’emballage et à la logistique du verre. Ici, la question est celle du bon moment et de la bonne quantité.
Lire la saisonnalité réelle de vos marchés avant de passer commande
Avant de calculer quoi que ce soit, il faut cartographier la saisonnalité réelle de ses propres débouchés. Elle n’est pas la même pour un négociant en vins de Bordeaux, un embouteilleur d’eaux minérales du Nord, une brasserie artisanale québécoise ou un importateur de conserves pour l’Afrique de l’Ouest. Chacun connaît des pics qui lui sont propres, et c’est cette carte-là, et non une moyenne de marché, qui doit piloter les commandes.
Quelques repères reviennent cependant dans la plupart des activités. La fin d’année concentre les besoins de champagne et de mousseux, de coffrets cadeaux, de spiritueux premium et de bières de Noël, sur une fenêtre de commercialisation très courte où le retard n’est pas rattrapable. Le début d’année est marqué par l’épiphanie et les galettes pour certains segments, puis par Pâques pour les produits festifs et les chocolats. Le printemps et l’été font monter la demande d’eaux plates et gazeuses, de sodas, de limonades, de bières, de rosés et de boissons énergétiques, avec un effet direct sur le secteur CHR — cafés, hôtels et restaurants — dont les terrasses rouvrent. La rentrée redynamise les jus, les boissons végétales et les produits du quotidien. Enfin, la saison des vendanges et la mise en bouteille qui suit concentrent, sur quelques semaines, des besoins de bouteilles qui se décident pourtant bien plus tôt, pendant la préparation de la récolte.
Au-delà du calendrier commercial, deux phénomènes structurent la demande. Le premier est la conduite des campagnes viticoles : les vendanges, puis la mise, imposent à des caves coopératives et à des domaines des flux de bouteilles qui ne supportent pas l’improvisation. Le second est la météo : un été chaud déplace la demande de boissons vers le haut, un printemps pluvieux la décale. Aucun plan ne peut prévoir le climat, mais un plan robuste peut prévoir une fourchette et décider à l’avance du comportement à tenir dans les deux cas.
Ce qui rend la saisonnalité dangereuse, ce n’est pas le pic en lui-même : c’est sa simultanéité. Lorsque plusieurs marques d’un même segment se réveillent au même moment, elles ne font pas seulement face à une demande forte ; elles font face à une file d’attente chez les fabricants. Celui qui a passé commande tôt est servi ; celui qui attend le signal du marché démarre la campagne avec un handicap. Anticiper ne consiste donc pas à deviner la quantité exacte, mais à occuper la position dans le carnet de commandes avant que la question ne devienne urgente.

Délai fournisseur, changement de moule et file d’attente d’atelier
Piloter une campagne suppose de connaître la composition réelle du délai d’approvisionnement, et non le délai commercial annoncé. Un délai global cache toujours plusieurs étapes, dont chacune peut se dégrader indépendamment des autres : la validation du devis et des spécifications, la confirmation de la disponibilité du moule, l’insertion de la référence dans la planification de l’atelier, la fabrication proprement dite, les contrôles qualité, l’emballage et la palettisation, le transport, puis, pour l’export, les formalités douanières. Tant que chacune de ces étapes n’est pas cadencée, le délai global reste une estimation, pas une donnée.
Parmi ces étapes, l’accès au moule est presque toujours le facteur le plus lourd, et le plus mal anticipé. Une référence déjà en série s’approvisionne différemment d’un format qui doit être produit sur un outillage réservé à une fenêtre de campagne. Lorsque plusieurs clients partagent la même famille de moules, la fabrication devient une question de rang dans la file, et non seulement de quantité commandée. C’est pourquoi un projet qui doit absolument tenir une saison donnée gagne à sécuriser en amont un moule de réserve ou une capacité réservée, une logique décrite dans la page sur les moules et le développement de produit. Sans cette visibilité sur l’outillage, aucune formule de stock de sécurité ne peut compenser une indisponibilité de production.
Le changement de référence ajoute une contrainte supplémentaire. Passer d’un format à un autre sur une ligne de fabrication implique des réglages, parfois un changement d’outillage complet, et cette opération a un coût fixe que l’atelier amortit d’autant mieux que les séries sont longues. Regrouper les besoins d’une saison en une ou deux commandes groupées réduit ce coût unitaire, mais augmente le stock immobilisé. Tout l’arbitrage de l’approvisionnement saisonnier tient dans cette tension : d’un côté la logique industrielle qui pousse à grouper, de l’autre la logique financière qui pousse à fractionner. La bonne réponse dépend du produit, du poids du stock et de la criticité de la saison — selon le projet.
Construire un stock de sécurité par une méthode, pas par intuition
Le stock de sécurité désigne la réserve conservée au-delà du besoin prévu, destinée à absorber les écarts entre la consommation réelle et la consommation planifiée, ainsi que les écarts entre le délai annoncé et le délai réellement constaté. Sa fonction n’est pas de couvrir une erreur de prévision — aucune prévision n’est exacte — mais de protéger l’activité contre les aléas normaux d’une chaîne d’approvisionnement : une commande qui glisse, un lot retenu en contrôle, un remplissage qui démarre plus tôt que prévu parce qu’une opération commerciale a mieux marché que prévu.
Le dimensionnement repose sur trois entrées, et non sur un pourcentage appliqué par habitude. La première est la variabilité de la consommation : un produit dont les ventes sont régulières tout au long de l’année n’exige pas la même réserve qu’un produit dont la demande se concentre sur quelques semaines. La deuxième est la dispersion du délai fournisseur : ce n’est pas le délai moyen qui crée le risque, c’est sa variabilité. Un fournisseur livrant toujours dans un temps donné, même long, se pilote plus facilement qu’un fournisseur rapide en moyenne mais irrégulier. La troisième est le niveau de service visé, c’est-à-dire la proportion de situations que l’on accepte de couvrir sans rupture ; ce niveau est une décision commerciale, non une donnée technique, car couvrir la quasi-totalité des cas coûte disproportionnellement plus cher que couvrir la grande majorité.
En pratique, la méthode consiste à combiner ces trois entrées pour définir un point de commande : le niveau de stock auquel il faut déclencher une nouvelle commande pour avoir une probabilité raisonnable d’être livré avant épuisement. On y ajoute souvent un stock de roulement, qui correspond au besoin normal pendant le délai, et un stock de campagne, constitué volontairement à l’avance pour passer un pic identifié. Ces trois notions se confondent fréquemment dans la conversation courante, alors qu’elles ne se calculent pas de la même manière et n’ont pas le même coût.
Le point critique, dans cette mécanique, est la qualité des données. La variabilité du délai doit être mesurée sur les livraisons réellement reçues, et non sur les délais promis. Beaucoup d’entreprises découvrent, en ouvrant leur historique, que le délai annoncé n’a jamais été tenu et que le délai réel fluctue suffisamment pour justifier à lui seul une réserve. La durée exacte à couvrir n’a pas de réponse universelle : elle dépend du produit, du marché, du fournisseur et de la saison, et se détermine au cas par cas, selon le projet.
Couleurs spéciales, capsules personnalisées et pièces à délai long
Tous les articles n’ont pas le même comportement en approvisionnement, et la couleur est l’un des premiers facteurs de différenciation. Une teinte courante, produite en continu, s’insère relativement facilement dans une planification. Une couleur spéciale, en revanche, se fabrique par campagne : l’atelier regroupe les productions de cette teinte pour amortir le changement de composition, ce qui allonge mécaniquement le délai et rend le calendrier moins souple. Un verre teinté commandé tardivement ne peut pas être rattrapé par une commande urgente, car la contrainte n’est pas la quantité, mais la fenêtre de fabrication.
Il en va de même des éléments d’habillage qui accompagnent la bouteille. Une capsule standard, un bouchon courant ou un joint disponible en catalogue suivent des circuits courts. Une capsule personnalisée, imprimée aux couleurs de la marque, ou un bouchon spécifique, suivent un chemin plus long, avec des étapes de validation de maquette, parfois de fabrication d’outillage, et de contrôle. Ces éléments doivent donc être commandés avec la même avance que le verre, voire avant, et non dans un second temps.
C’est particulièrement vrai pour les éditions limitées et les millésimes, où la marque joue sur une identité visuelle forte et des quantités volontairement restreintes. Un lancement de ce type combine une couleur ou un décor spécifique, une capsule dédiée et une fenêtre de commercialisation courte : trois contraintes qui se cumulent au pire moment. Ces projets, décrits dans la page sur les bouteilles pour éditions limitées et millésimes, exigent une planification plus précoce que la série courante, précisément parce qu’ils ne tolèrent aucun retard : un produit de Noël arrivé en janvier n’a plus de marché.
Une règle simple permet d’éviter la plupart de ces difficultés : traiter chaque pièce à délai long comme un article à part dans le plan d’approvisionnement, avec sa propre date de décision. Une capsule, un décor, une teinte particulière ne se pilotent pas au même rythme que le verre standard, et les agréger dans une même commande sans distinguer leurs contraintes conduit presque toujours à ce que la pièce la plus lente impose son rythme à l’ensemble. Séparer les calendriers, puis les recouper à la fin, vaut mieux que d’attendre le dernier élément pour lancer la fabrication du premier.
Tableau des scénarios d’approvisionnement : décider au bon moment
Le tableau ci-dessous rassemble les principaux scénarios d’approvisionnement rencontrés par les acheteurs de verre creux et indique, pour chacun, le moment où la décision doit être prise, ce qui sécurise réellement la commande et les points de vigilance. Il ne fixe ni quantité ni délai : ces éléments dépendent du projet, du moule, de la couleur et de la saison, et doivent être arrêtés avec le fournisseur.
| Scénario d’approvisionnement | Moment de décision | Ce qui sécurise la commande | Points de vigilance |
|---|---|---|---|
| Réassort d’un standard de catalogue | En continu, avant épuisement du stock de roulement | Historique de consommation fiable et point de commande calculé | Éviter de traiter ce flux régulier comme une urgence permanente |
| Campagne de fin d’année | Bien avant l’ouverture de la campagne commerciale | Commande ferme passée tôt et couleur ou décor validés en amont | Ne pas confondre réassort courant et volume de fête |
| Pic estival des boissons | Avant le début de la saison chaude | Anticipation de la file d’attente d’atelier et conditionnement adapté | Météo imprévisible et décalage possible de la demande |
| Campagne viticole et mise en bouteille | Pendant la préparation de la récolte | Réservation de moule et visibilité sur le calendrier de mise | Concentration des besoins sur quelques semaines |
| Lancement d’une nouvelle référence | Dès la phase de développement du produit | Moule dédié validé et premier lot de série planifié | Délai d’outillage non compressible |
| Couleur spéciale ou teinte de marque | Lors de la programmation des campagnes de teinte | Inscription dans une campagne de fabrication planifiée | Fenêtre de production étroite et peu reportable |
| Capsule ou bouchon personnalisé | En parallèle de la commande de verre | Maquette validée et outillage d’impression prêt | Dépendance à un fournisseur unique d’habillage |
| Édition limitée ou millésime | Très en amont du lancement commercial | Couleur, décor et capsule validés simultanément | Aucune tolérance au retard et marché daté |
| Approvisionnement d’un marché d’export | En intégrant transport et formalités douanières | Documents préparés et emballage d’export défini | Allongement du délai global par le transport et la douane |
| Dépannage en urgence | Une fois la rupture déjà constatée | Disponibilité de stock chez le fournisseur ou un distributeur | Coût élevé, choix restreint et format parfois imposé |

Coût du stock contre coût de la rupture : l’arbitrage à assumer
Arbitrer entre stock et rupture suppose de chiffrer les deux côtés de la balance, ce que l’on oublie presque toujours de faire. Le coût du stock ne se réduit pas à la valeur du verre immobilisé. Il comprend le coût du capital mobilisé, la surface d’entrepôt occupée, la manutention, l’assurance, et surtout le risque de dépréciation : une palette qui reste immobile vieillit mal, se couvre de poussière, subit des chocs de manutention répétés et peut devenir difficile à écouler si la référence évolue. À ces coûts visibles s’ajoutent des coûts moins évidents, comme la complexité de gestion d’un stock hétérogène et le risque d’erreur de préparation de commande.
Le coût de la rupture, lui, est asymétrique et souvent sous-estimé. Il commence par l’arrêt de la ligne de remplissage, dont le coût horaire dépasse fréquemment la valeur du verre manquant. Il se poursuit par le fret de remplacement commandé dans l’urgence, par la reprogrammation des équipes, par l’achat d’un format de substitution qui ne correspond pas exactement au besoin et qui peut exiger un réglage de ligne, puis par les conséquences commerciales : livraisons reportées, pénalités éventuelles, et parfois perte d’une référence en linéaire parce que la marque n’était pas disponible au bon moment. Une rupture pendant une campagne n’est pas un incident logistique : c’est un événement commercial.
La difficulté est que ces deux coûts ne se comparent pas sur la même base. Le coût du stock est régulier, prévisible, facile à mesurer, et il apparaît chaque mois dans les comptes. Le coût de la rupture est rare, irrégulier, dispersé entre plusieurs services, et souvent noyé dans des lignes comptables qui ne portent pas son nom. Cette asymétrie pousse naturellement à sous-investir dans la réserve, jusqu’au jour où la rupture survient et révèle le coût réel. Une lecture en coût total, décrite dans la page sur le coût total de détention de l’emballage, remet ces deux postes sur la même échelle et permet de décider autrement qu’en réaction.
Moule de réserve et pré-production : sécuriser sans surstocker
Pour une saison critique, deux leviers permettent de sécuriser l’approvisionnement sans constituer un stock démesuré. Le premier est le moule de réserve. Lorsqu’une référence est stratégique et qu’une interruption de production aurait des conséquences lourdes, disposer d’un outillage de secours évite que l’usure ou l’avarie d’un moule ne bloque toute la campagne. Ce levier se décide au moment du développement du projet, et non à l’approche de la saison, car un moule ne se fabrique pas dans l’urgence.
Le second est la pré-production planifiée. Plutôt que d’attendre le pic pour commander, il est souvent possible de faire fabriquer une partie du volume en amont, pendant une période plus creuse de l’atelier, et de la stocker jusqu’à la campagne. Cette approche a deux avantages : elle lisse la charge de production et elle sécurise une portion du besoin avant que la file d’attente ne se forme. Elle a un coût, celui du stockage anticipé, et une contrainte, celle de la place réellement disponible — ce qui renvoie aux opérations d’entrepôt et non à la décision d’achat elle-même.
Le troisième levier, plus souple, est la commande à livraisons échelonnées. Au lieu d’une livraison unique, l’acheteur engage un volume global et en programme les enlèvements en plusieurs fois, selon un calendrier convenu. Le fabricant y voit une visibilité ; l’acheteur y gagne un étalement du stock et de la trésorerie. Ce type d’accord suppose une planification partagée et une répartition claire des responsabilités, ce qui se formalise par écrit. La combinaison des trois leviers — réserve d’outillage, pré-production, enlèvements échelonnés — constitue souvent la réponse la plus économique à une saison serrée, et elle se décide produit par produit, selon le projet.
Articuler les commandes avec le remplissage, l’habillage et la capacité
Le plan d’approvisionnement ne vit pas isolé : il s’articule avec le calendrier de remplissage, celui de l’habillage et celui de la capacité logistique de l’entreprise. Une commande de verre qui arrive à la bonne date mais qui sature l’entrepôt au moment où la ligne de remplissage a besoin de place crée un problème aussi coûteux qu’un retard. Inversement, un stock de sécurité calculé sans tenir compte de la cadence de remplissage conduit à stocker des bouteilles alors que c’est le produit fini qu’il aurait fallu anticiper.
Trois interfaces méritent une attention particulière. La première est l’habillage : lorsqu’une bouteille doit être décorée, sérigraphiée ou dépolie, l’ordre des opérations peut varier selon les cas, et chaque scénario a son propre délai. La deuxième est le conditionnement : le format de palette, la hauteur de charge et le mode d’expédition déterminent le volume réellement stockable et le coût de manutention, des éléments traités dans la page sur la palettisation et le chargement en conteneur. La troisième est la capacité d’entreposage : la réserve que l’on peut réellement constituer dépend de la surface et de la hauteur disponibles, ce qui ramène la décision d’achat à une contrainte physique concrète.
L’erreur fréquente est de traiter ces interfaces après coup, une fois la commande passée. Or ce sont elles qui déterminent si le stock de sécurité décidé sera exploitable ou non. Un plan d’approvisionnement robuste se construit donc à plusieurs services : achats, production, qualité et logistique doivent partager la même vision du calendrier saisonnier et des points de rupture, faute de quoi chacun optimise localement et le résultat global se dégrade. Dans bien des cas, la réunion qui coûte le plus cher est celle qui n’a pas eu lieu avant la commande.

Paliers de quantité, visibilité et engagement : ce qui se négocie vraiment
Les fabricants de verre raisonnent souvent par paliers de quantité : au-delà d’un certain volume, le coût unitaire baisse, car les séries longues amortissent mieux les réglages et les changements d’outillage. Ces paliers varient selon le format, le moule, la couleur et la période, et ne peuvent pas être généralisés : ils se négocient référence par référence, selon le projet. Le réflexe utile n’est donc pas de chercher le palier le plus bas, mais d’identifier celui qui correspond à un besoin réel, sans acheter du volume uniquement pour obtenir un tarif.
La vraie question est celle de l’engagement. Un acheteur qui accepte de donner de la visibilité — un volume prévisionnel, un calendrier indicatif, un engagement ferme sur une partie du besoin — obtient en général une meilleure position dans la planification qu’un acheteur qui commande au coup par coup. Ce qui est monnaie d’échange dans cette négociation n’est pas la pression sur le prix, mais la prévisibilité. Un fabricant qui sait, plusieurs mois à l’avance, qu’il devra produire une certaine référence dans une certaine fenêtre, peut mieux organiser sa production et mieux servir son client.
Ces engagements doivent être formalisés. Volume prévisionnel, quantités fermes, enlèvements échelonnés, conséquences d’un décalage de calendrier, répartition des responsabilités en cas d’aléa : autant de points qui n’ont pas leur place dans un échange informel et qui gagnent à figurer dans un document contractuel, par exemple un accord qualité et contrat de fourniture. Les valeurs précises — seuils, quantités, délais — sont à fixer au contrat, selon le projet et selon les contraintes propres à chaque référence.
Reste une règle de bon sens que les chiffres ne remplacent pas : mieux vaut une prévision imparfaite mais partagée qu’une prévision parfaite gardée secrète. L’incertitude se gère beaucoup mieux à deux qu’en solitaire, et la plupart des tensions d’approvisionnement saisonnier naissent moins d’un manque de moyens que d’un manque d’information circulant à temps.
Questions fréquentes sur l’approvisionnement saisonnier et le stock de sécurité
Les questions ci-dessous reviennent le plus souvent dans les échanges avec les acheteurs de verre creux en France, au Benelux, en Suisse romande, au Québec et sur les marchés francophones d’Afrique. Les réponses décrivent des principes de méthode ; les durées, seuils et quantités applicables à une commande donnée doivent être fixés au cas par cas, selon le projet.
Quand faut-il lancer une commande de verre pour la saison des fêtes ?
Le bon réflexe est de traiter la campagne de fin d’année comme un projet à part, distinct du réassort courant, et de la lancer bien avant que le marché ne se réveille. Pendant cette période, plusieurs marques d’un même segment cherchent à se faire livrer en même temps, ce qui allonge les files d’attente chez les fabricants. La date exacte de lancement dépend du format, du moule, de la couleur et du délai réellement observé sur les commandes précédentes : elle se détermine au cas par cas, selon le projet.
Comment dimensionner un stock de sécurité pour des bouteilles en verre ?
Il n’existe pas de pourcentage universel. Le dimensionnement combine trois entrées : la variabilité de la consommation, la dispersion du délai fournisseur réellement constaté et le niveau de service visé. On y ajoute, lorsque c’est justifié, un stock de campagne constitué volontairement pour passer un pic identifié. La durée à couvrir dépend du produit, du marché et de la saison ; elle se calcule à partir de l’historique de l’entreprise, référence par référence, selon le projet.
Faut-il surstocker pour éviter les ruptures saisonnières ?
Non. Le surstock est une réponse coûteuse qui déplace le problème plutôt qu’elle ne le résout : il immobilise du capital, occupe de la surface, expose le verre aux chocs et à la poussière et peut devenir obsolète. Une approche mieux calibrée consiste à mesurer la variabilité réelle, à sécuriser l’accès au moule, à planifier une pré-production sur les volumes critiques et à négocier des enlèvements échelonnés. La réserve doit couvrir un risque identifié, non compenser une organisation floue.
Quel effet une couleur spéciale ou une capsule personnalisée a-t-elle sur les délais ?
Les deux allongent l’approvisionnement, pour des raisons différentes. Une couleur spéciale se fabrique par campagne, car l’atelier regroupe les productions d’une même teinte : le délai dépend donc de la fenêtre de fabrication et non de la quantité. Une capsule ou un bouchon personnalisé suppose une validation de maquette et parfois un outillage d’impression. Ces éléments doivent être lancés en même temps que le verre, voire avant, afin de ne pas devenir le point de blocage de la campagne.
Comment concilier un stock de sécurité avec la surface d’entrepôt disponible ?
La réserve utile est plafonnée par la place réellement disponible, par la hauteur de gerbage autorisée et par le format de palette. Trois pistes permettent de desserrer cette contrainte : les enlèvements échelonnés, qui étalent le stock dans le temps ; la pré-production ciblée sur les seules références critiques ; et l’optimisation du conditionnement, qui augmente le nombre de pièces par unité de volume. Le bon arbitrage se fait entre le coût du stock et le coût de la rupture, pas seulement entre quelques mètres carrés disponibles.
Un moule de réserve est-il utile pour sécuriser une campagne saisonnière ?
Oui, lorsqu’une référence est stratégique et qu’une interruption de production aurait des conséquences lourdes. Un moule de réserve évite qu’une avarie ou une usure accélérée ne bloque toute une campagne, à un moment où il n’existe aucune solution de rattrapage. La décision se prend au stade du développement du produit, car un outillage ne se fabrique pas dans l’urgence. Sa pertinence dépend de l’enjeu commercial de la référence et du risque encouru, selon le projet.